Bla-bla-bla·Les looks

La mode vintage est-elle en train de perdre son âme?

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Bonjour bonjour!

Coincée dans mon appartement parisien avec un petit ami accro à Animal Crossing et mes pensées en pagaille, j’en suis arrivée à un constat hyper pessimiste sur la passion qui m’anime au quotidien: la mode vintage, c’était mieux avant. Et oui, quelle ironie, je vous l’accorde.

Alors croyez-moi, utiliser la formule « c’était mieux avant » me coûte – et me donne accessoirement le sentiment d’avoir 87 ans, une prothèse dentaire et un air aigri qui creuse mon visage. Mais je pense qu’il est temps de mettre des mots sur ce que tout le monde pense, et dont personne n’ose parler (sauf en DM sur Instagram quoi): la forte tendance du vintage n’est-elle pas en train de pourrir le vintage en lui-même? N’est-ce pas GRAVE relou que la mode vintage soit devenue quelque chose de si populaire que tout le monde tente d’avoir sa part du gâteau, quitte à faire n’importe quoi? Vous avez 4 heures et la calculatrice n’est pas autorisée – mais si vous avez la flemme de repasser votre bac, vous pouvez aussi lire ce qui suit.

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Quand le grand public se fichait pas mal du vintage

Mon style a pris un virage rétro en 2008. J’avais 16/17 ans, mon uniforme se composait alors d’une jupe tartan Chipie qui avait appartenu à ma mère, de collants rouges comme Blair Waldorf, et de richelieus à talons Minelli payées grâce à de nombreuses heures passées à servir des Long Bacon et nettoyer les toilettes du Quick de Mougins. Je dépensais mes maigres paies en bouquins chez Cultura, mais aussi sur eBay, à enchérir sur des robes « comme celles que portait Audrey Hepburn » et des blazers preppy (j’avais d’ailleurs remporté une incroyable veste Ralph Lauren en velours jaune et spoiler: douze ans plus tard, je l’ai encore hihihi).

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Dans les magazines féminins, que je dévorais religieusement, le vintage n’était évoqué que rarement, généralement pour commenter la dernière robe portée par Kate Moss ou Sienna Miller. La seconde-main, dans mes souvenirs, était surtout associée aux pièces de luxe. Et même s’il existait déjà plein de friperies physiques (notamment à Paris), l’achat de vintage était le plus souvent décrit comme quelque chose de décalé, d’original et de peu commun – l’option un peu « fofolle » pour se trouver un bon déguisement, ou une pièce rare pour « relever » une tenue plus basique. Inutile de préciser que l’offre sur Internet était encore très, très limitée et que, de manière générale, le vintage n’était clairement pas quelque chose qui intéressait le grand public.

Pour être 100% honnête, ça me plaisait assez, que la majorité des gens n’aient rien à faire des vieilles fringues. C’était un peu mon petit truc à moi, même si j’étais toujours ô combien ravie quand je rencontrais quelqu’un d’aussi passionné que moi par les vide-greniers (« Toi aussi tu trouves que Damart c’est super cool??? »). Je me faisais rire toute seule à débarquer dans des soirées cannoises ultra chics en chemise chinée un euro sur le parking du stade Coubertin de Cannes La Bocca. En 2011, j’avais même ouvert un blogspot qui s’appelait « Le dressing de Nawal », et où je revendais des trouvailles vintage pour me payer des paires de Jeffrey Campbell. Quelle époque.

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2020, le vintage est partout

Quand est-ce que la mode vintage et la vente de seconde-main ont-il explosé en France? Dur à dire avec précision. Quand j’ai lancé mon blog en 2016, il y avait déjà du mouvement, mais c’était encore discret. Il n’existait encore qu’une poignée de friperies en ligne françaises, et la majorité vendait d’ailleurs sur Etsy, la marketplace d’ASOS ou des sites directs. Rares étaient celles qui faisaient du business via Instagram. La plateforme Vinted existait déjà, mais n’était pas encore très populaire, et était surtout utilisée pour vendre de la seconde-main entre particuliers.

Nous sommes en mai 2020, et le vintage est partout. PARTOUT. Genre, VRAIMENT partout partout partout. Parce que maintenant, le vintage, c’est ultra tendance. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Le bon côté de la chose, c’est que cela souligne une prise de conscience générale autour de la question de l’écologie et de notre manière de consommer. Ca veut aussi dire que la tyrannie de ce qui est branché ou non est sur le déclin, et que les gens privilégient de plus en plus le style personnel avant tout.

Autre point positif: il existe désormais une grosse communauté de vintage-addicts sur les réseaux sociaux, et c’est absolument génial. Se faire des copines avec qui l’on partage les mêmes valeurs, échanger des bons plans, papoter des heures autour d’une époque qui nous anime, avoir le sentiment de faire partie de quelque chose de cool et de bienveillant… c’est juste parfait. En parallèle, Youtube s’est enrichi de contenu cool lié à la seconde-main, et Instagram déborde de comptes créatifs et engagés qui sont incroyablement inspirants. Quant aux médias, ils parlent enfin du vintage comme d’un vrai mouvement – on dit même qu’il pourrait sauver la planète et écraser les géants de la fast-fashion, c’est ouf non ?

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Flambée des prix et arnaques

Mais forcément, il y a aussi (beaucoup) de mauvais côtés. Ces côtés, qui m’agacent au plus haut point, me font surtout flipper. J’ai de plus en plus peur qu’un jour, le vintage ne soit plus qu’un truc marketing utilisé pour brasser de la thune. J’ai l’impression que tout va trop vite, que tout part dans tous les sens, et qu’il n’y a rien à faire, la machine infernale est lancée.

Commençons par la base de la base: la flambée des prix. Je suis horrifiée et outrée (oui, les deux), devant certains tarifs pratiqués en friperie, en vide-grenier ou sur Internet. Je suis consciente que quand quelque chose devient à la mode, sa valeur augmente (cf le Saddle de Dior, petit ange revenu trop vite de l’au-delà). Mais il y a des limites, et certaines personnes malhonnêtes vont trop loin.

« Parfois, je me demande s’il n’y a pas un 0 en trop », a confié à ce sujet « En Chine Simone », vraie fan de vintage dont j’adore le compte Instagram. Une réflexion qu’elle a appuyé d’une capture d’écran Le Bon Coin, où une petite table de chevet pas si ancienne, et pas si rare, est proposée à 200 euros. « Que l’ancien et la seconde-main aient de la valeur, ok, mais participer à la surenchère et ‘surcotation’ en surfant sur la mode vintage, NON », a-t-elle ajouté. Autant vous dire que je plussoie à 1000%.

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Passons ensuite… aux annonces mensongères. Sachez-le: à chaque fois qu’un gros gilet en synthétique des années 80 est proposé à la vente sous le nom « Gilet en laine autrichien des années 50 », un chaton meurt décapité. Ca vaut pour toutes les robes fleuries des années 90 vendues comme si elles dataient des années 60, et toutes les blouses « années 70 » qui sont en fait des pièces des 2000 dont l’étiquette a été coupée. Oh, et je ne parle pas de celles et ceux qui vendent des pièces fleuries Zara ou H&M avec un esprit rétro en les qualifiant de vintage, trompant facilement les clientes les moins aguerries

Les incohérences (pour ne pas dire arnaques) citées plus haut découlent d’un autre problème: le fait que tout le monde s’invente expert du vintage, et lance sa boutique dans l’espoir de se faire un peu (beaucoup) de pognon. Et le pire, c’est que ça marche: comment une personne qui se met à peine à la seconde-main pourrait-elle remarquer le piège qu’on lui tend, quand celui-ci est dissimulé à l’aide de jolies photos Insta mettant en scène une Parisienne branchée délicatement appuyée contre la porte d’un immeuble haussmanien, un bouquet de fleurs dans les bras, et l’highlighter qui brille au soleil?

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A côté de ça, les passionnés et experts qui font ça depuis des années se voient totalement noyés dans la masse – et ce, même s’ils continuent à pratiquer des prix honnêtes par respect pour leur clientèle. Au risque d’essuyer quelques déconvenues plus ou moins agaçantes. Le mois dernier, je discutais avec la créatrice d’une friperie en ligne à bout de nerfs: elle avait retrouvé deux pulls années 80, qu’elle avait précédemment vendu 6 euros sur Vinted à une inconnue, au prix de 70 euros sur un site vintage parisien ouvert il y a peu.

« C’est une nana qui nous achète à prix mini sur Vinted pour revendre ensuite à des prix exorbitants et pas corrects. Ca m’agace – pas tellement pour moi, mais pour les acheteuses, ce n’est pas honnête. Revendre n’est pas interdit, mais ce genre de prix… », m’a-t-elle dit.

L’effet « pâtes à la carbo »

Alors je sais ce que va me dire la team start-up nation: « Oui mais c’est du marketing, c’est comme ça que ça marche, l’offre et la demande, faut juste être malin, blablabli blablablou ». Et ben ok, n’empêche que moi votre marketing en mousse qui est en train de réduire ma passion à un filon exploité dans tous les sens, ça me fait chier, ça me fait de la peine, ça me soule, et ça me fait rouler des yeux si fort qu’un jour ils finiront par rester bloqués sous mes paupières et que je serai aveugle pour toujours.

N’oublions pas non plus les influenceuses hypocrites qui sont soudainement les plus grandes fans de vintage de l’univers et clament vouloir sauver la planète, mais font en même temps des partenariats rémunérés avec Sarenza, Boohoo et autres plateformes actuelles (mais avec un filtre sépia, comme ça, ça passe mieux). Saupoudrez le tout d’une pincée de marques de fast-fashion qui lancent des collections estampillées « VINTAGE » fabriquées au Bangladesh et hop, vous avez désormais un joli cocktail que j’ai appelé « Comment gâcher le plaisir des autres en faisant de la grosse merde ».

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Bref. Je suis sûrement (sans aucun doute) trop dramatique. Et je ferais mieux de me concentrer sur le positif: les belles rencontres entre passionnés, l’impact de l’achat de seconde-main sur la planète, la découverte de chouettes friperies tenues par des pros honnêtes qui permettent de se procurer de beaux trésors à prix raisonnables.

Je n’ai pas vraiment de chute pour cet article. J’aurais voulu ajouter que maintenant, je comprends TELLEMENT ce que ressentent les Italiens quand quelqu’un fait des pâtes carbo avec de la crème liquide et des lardons. Et que j’espère qu’un jour, le vintage redeviendra la version jaunes d’oeufs et pecorino romano qu’on préfère tant. Mais je ne suis pas sûre que comparer le vintage à une recette traditionnelle italienne soit vraiment très pertinent, alors je vais juste arrêter d’écrire, et vous dire à bientôt.

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PS – je voulais vous rassurer: NON, mes cheveux n’ont pas subitement poussé durant le confinement. Les photos qui illustrent cet article, prises par Léa Ghirardotti pour la boutique Lapin Vintage, datent de l’été 2017 (indice: Invisalign n’était pas encore passé par là, mes dents étaient donc encore tordues).

6 réflexions au sujet de « La mode vintage est-elle en train de perdre son âme? »

  1. Je suis totalement d’accord avec toi ! Cette article résume les conversations que j’ai avec mon amie qui est tout autant passionnée de chine que moi. Ce qui m’agace le plus, ce sont les gens qui me jugeaient parce que je mettais des vêtements qui appartenaient à d’autre personnes et qui aujourd’hui ces même juges achètent des pièces vintages payés 5x le double sur des sites « branché vintage » avec cette fameuse image de la petite parisienne qui aime le rétro

    Aimé par 1 personne

  2. Ah Nawal c’est tout à fait ça ! J’ai été une passionnée de vintage invisible depuis plusieurs années et là j’assume vraiment mon côté vintage et mon amour des vieux trucs !
    Quand je vois des nanas mettre le #vintage alors qu’il n’y à rien de vintage chez elle ça me tue ! Bref !
    En tous cas super article ! J’espère que tu auras beaucoup de retours et qu’il fera écho !!!
    Mille baisers,
    Jade

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  3. Je suis tellement d’accord. Quand je vois certains prix parfois je me dit « hmmmmm really? » aussi bien pour les fringues que pour les meubles ou objets de déco. C’est idem pour les matières soit disant nobles et qui justifient – soi-disant – un prix impossible alors qu’en réalité c’est un vieux polyester.
    Le vintage pour certaines c’est la collection 2017 de chez Zara. Beaucoup ne font pas le distinguos entre vintage et seconde main.

    Personnellement je veux retenir le côté positif de la chose, garder en tête les jolies personnes avec qui j’ai pu échanger à ce sujet, les pièces imparfaites mais si uniques avec leurs histoires et laisser la mode à celles qui demain trouverons un autre délire à s’enticher pour mieux parader sur les réseaux servies sur une assiette de filtre gold paillettes.

    Merci d’être toi Nawal et de parler de ta passion avec autant d’authenticité.

    PS: Si toi aussi tu t’es ruinée pour des Lita de Jeffrey Campbell, alors je compatis …

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    1. Aww merci Julie pour ton retour si complet et bienveillant – et je vois qu’on partage les mêmes agacements… T’as mille fois raison sur le fait qu’il faut penser avant tout au côté positif. Même si c’est parfois rageant, on va pas se mentir… Bref, MERCI de m’avoir lue, et pour tes gentils mots. PS: évidemment….

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